بالأمس كتبت منشورا عن أمي رحمها الله بمناسبة ذكرى رحيلها، قرأه صديقي وأخي العزيز ( محمد سلطان ) وترجمه للفرنسية وطلب مني نشره على أمل أن تعم الفائدة ، وها هو بين يدي القراء بالفرنسية :
بالأمس كتبت منشورا عن أمي رحمها الله بمناسبة ذكرى رحيلها، قرأه صديقي وأخي العزيز ( محمد سلطان ) وترجمه للفرنسية وطلب مني نشره على أمل أن تعم الفائدة ، وها هو بين يدي القراء بالفرنسية :
Hier, j'ai écrit un article sur ma mère, que Dieu lui fasse miséricorde, à l'occasion de l'anniversaire de son décès. Mon cher ami et frère (Mohammed SOLTANE) l'a lu et traduit en français dans l'espoir qu'il soit utile ,alors le voici pour les francophones :
((Hier, marque le 36e anniversaire de son départ, en espérant la retrouver là-bas...
Elle est une femme que j'ai aimée, pour qui je me suis épris. Aucune beauté sur terre n'a possédé mon cœur, mon âme, et mon être comme elle l'a fait. Son image ne m'a jamais quitté depuis que je l'ai connue, même après notre séparation.
Dans ma vie, qui dépasse maintenant soixante ans, j'ai goûté à différents types d'amour, d'affection et de tendresse... mais son amour, son affection, et sa tendresse ont une saveur particulière que je ressens en permanence.
Elle avait 25 ans lorsque nos regards se sont croisés. Elle m'a sûrement reconnu, mais moi, je pense que je ne lui ai pas prêté attention, car je venais de naître de son ventre, là où je me nourrissais sans effort et me mouvais sans peine...
J'ai vécu avec elle pendant 29 ans, répartis comme suit :
*4 ans dont je ne me souviens de rien, marqués par des événements importants (le premier face-à-face où j'ai vidé son sang, le jour où j'ai commencé à téter son lait, l'empêchant de dormir et de se reposer, m'apprenant à m'asseoir, à ramper, à marcher, à manger et boire, nettoyant mes saletés, veillant lors de mes poussées dentaires, jouant avec moi, m'apprenant à parler, me protégeant avec ses prières, et son espoir reposant sur ce nouveau-né…).
*12 ans entre le « kuttab » (école coranique), l’école primaire, le collège, et les jeux (notre seul divertissement était le football et la cachette), puis rentrer à la maison pour étudier, manger, et se préparer avec tout déjà prêt : nourriture, boisson, vêtements, fournitures scolaires, conseils et orientations à tout moment).
*3 ans loin d'elle, au lycée en internat. Elle avait confectionné toutes les chemises et pantalons nécessaires pour moi, avec l'aide de mes sœurs. Au lycée, nous ne revenions au village qu'une fois tous les 15 jours.
*Pendant les vacances durant les 15 dernières années : la plupart étaient passées chez mon grand-père, le Haj El-Deif, dans sa zawiya (retraite religieuse), où je récitais le Coran, gardais les moutons et les chèvres, aidais aux moissons, à la récolte, au battage, au tri du grain...).
*4 ans à l'université, également en internat, où nous retournions au village toutes les une ou deux semaines. Nos préoccupations avaient changé ; nous assistions aux cercles religieux et aux réunions éducatives à domicile. Mes amis et moi nous réunissions souvent chez mes parents, qui nous accueillaient chaleureusement et sans gêne, nous considérant comme des héros rétablissant la place de la religion.
*4 ans à Grenoble, en France. Elle m'a rejoint une fois et a passé deux mois avec moi et ma sœur qui réside en France.
Après avoir terminé mon doctorat, je suis rentré au pays, pour retrouver mon père, ma mère, mes frères et sœurs, mes proches, mes amis… Mais six mois après mon retour, mon soutien, mon pilier, mon professeur, mon père, Sidi Ammar Ben El-Deif, est parti rejoindre son Seigneur… Ensuite, je suis parti au service militaire, et un an et demi après (deux ans après mon retour), ma mère, mon amour et mon réconfort, l'a rejoint, laissant un vide que seuls le Coran que nous récitons en souvenir d'eux et les prières que nous entonnons peuvent combler.
En repensant aux 27 années passées avec Sidi Ammar et aux 29 années avec ma mère Jamila, il me semble n’avoir vécu avec eux que quelques mois. Durant cette période, ils m’ont tout donné, et lorsque j’ai atteint l’âge mûr, qu’ils m’ont vu épanoui, ils sont partis, comme s’ils disaient : « Nous ne voulons ni récompense ni reconnaissance ; notre récompense est auprès de Lui. » Que Dieu leur accorde Sa miséricorde, ainsi qu’à toutes nos mères, nos pères, nos enseignants, nos êtres chers et nos défunts.
Une fois, alors que nous marchions avec ma mère, accompagnés de ma sœur, de ma femme et de mon fils Abdullah dans sa poussette, nous sommes entrés dans un magasin. Ma mère a choisi un vêtement pour Abdullah et l’a essayé sur lui, puis des larmes ont coulé sur ses joues. Je ne comprenais pas la raison de ces pleurs. Je l'ai regardée et lui ai demandé pourquoi elle pleurait. Elle m’a répondu, les larmes coulant de plus belle : « Louange à Dieu, maintenant vous trouvez de quoi habiller vos enfants. Nous, nous vous avons mis au monde sous l’occupation, et la France nous a privés de ce bonheur ; nous devions même vous cacher dans des écuries par peur que la France ne vous nuise. »
Cette histoire m'a rappelé la souffrance des mères, des pères, des grands-parents en Palestine, à Gaza, Jérusalem, en Cisjordanie, au Liban, au Yémen, en Syrie… Une souffrance que j’ai ressentie dans les larmes de ma mère, entendue dans le tremblement de sa voix… Et je n’oublierai jamais le jour où j’ai mis les pieds à Gaza en août 2010 et rencontré les mères de prisonniers. J’ai approché l’une d’elles, accablée de tristesse, les larmes aux yeux, et lui ai dit : « Je n’ai plus de mère, elle est décédée il y a quelques années. Accepteriez-vous d’être ma mère ? » Elle m’a pris dans ses bras, souriante, et a dit : « Quelle joie ! »
C’est une souffrance qu’aucun ne peut lever, hormis Dieu. Seigneur, pardonne-nous pour les actes des insensés parmi nous. Seigneur, ne nous reproche pas nos manquements, car nous voyons mais nos mains sont impuissantes. Seigneur, soulage-les de leur malheur, libère-les de leur angoisse, ôte leurs soucis et accorde-leur la victoire, car tout repose entre Tes mains, de Toi et vers Toi.
Dr. Abdelkader Semmari